Ce procès fut hautement politique. Déjà le jury avait un préjugé défavorable envers l'accusé — c'est un peu comme si, à Montréal, on avait demandé à un jury du West-Island de juger un ancien militant du FLQ pour le meurtre d'un policier anglophone; de surcroît l'accusation s'est efforcée tout au long du procès de prouver que Mumia Abu-Jamal avait toujours rêvé de casser du flic. Pour prouver que le meurtre était prémédité, on est allé jusqu'à produire un article de journal vieux de dix ans où Mumia cite Mao en disant que "le pouvoir est au bout du fusil" (curieusement, de tout le dossier compilé par la police de Philadelphie, c'est le seul article manquant dans la revue de presse). Le pire c'est que ça a marché, un jury divisé (quatre contre trois) a condamné Mumia Abu-Jamal à la peine de mort pour meurtre au premier degré.
Mumia Abu-Jamal est dans le couloir de la mort depuis seize ans. On a essayé de l'enterrer vivant. En vain. Depuis huit ans, il a repris son travail de journaliste engagé. Ses textes ont été publiés dans plus d'une quarantaine de périodiques en Amérique du Nord et en Europe. Ils ont été rassemblés dans deux recueils qui sont largement diffusés. Même chose pour ses commentaires radio, d'autant plus populaires qu'ils ont fait scandale en 1994 et que le réseau de la National Public Radio a brusquement annulé leur diffusion.
Dans les manifs aux États-Unis, on entend souvent un slogan qui, je crois, résume bien la situation : "For Mumia There is No Justice, There is Just Us" (Pour Mumia, il n'y a pas de justice, il n'y a que nous). C'est en effet nous tous qui ferons la différence entre la vie et la mort pour Mumia Abu-Jamal. Nous ne pouvons laisser les États-Unis assassiner Mumia Abu-Jamal, ce serait un crime contre le peuple, un meurtre dans la lignée de ceux de Martin Luther King ou de Malcom X. Seule une mobilisation internationale pourra empêcher l'exécution et arracher la libération4 de Mumia. Le moment d'agir, C'EST MAINTENANT.
Mumia Abu-Jamal est l'auteur du livre En direct du couloir de la mort, publié aux éditions La Découverte en 1996.
